Près du village de Jeure, canton de Moirans, il existe une caverne appelée
la borne à la Dame-Rouge
, où se tient, dit-on, une fée qui porte ce nom.
Marie Jacquand raconte qu'elle a vu plus d'une fois cette Dame-Rouge. Elle serait même venue à la rencontre de cette honnête villageoise sous les traits et le vêtement d'une dame blanche.
Si Marie Jacquand est plus sujette aux visions que les autres personnes, elle n'est du moins pas peureuse.
Elle ne craint pas d'aller directement à l'objet qui la frappe à quelque distance.
Ainsi, en traversant un soir la montagne de Châtillon, elle remarqua qu'elle était suivie d'une foule de gens qui semblaient vouloir l'épouvanter ou s'emparer d'elle.
Elle retourna courageusement sur ses pas pour leur demander ce qu'ils lui voulaient, et toute cette formidable légion d'esprits, dont le nombre diminuait à vue d'oeil à son approche, se réduisait finalement à zéro quand elle fut arrivée à l'endroit même.
Une autre fois, Marie Jacquand avait aperçu de loin un feu allumé dans le désert, avec une multitude de figures dansant et se divertissant à l'entour, figures qui passaient et repassaient toutes noires comme des ombres chinoises.
L'heroïne était allée en droite ligne, comme un trait, à cette bruyante sarabande, et soudain le foyer s'était éteint et les danseurs s'étaient dispersés.
(Monnier, trad., p.518)